Voici le texte gagnant du concours où
il s'agissait d'écrire une histoire qui raconterait la 1ère
rencontre entre Quiros et les habitants de l'île qui allait
devenir Espiritu Santo.
Ce concours était organisé
par le Conseil européen, l'Ambassade de France, L'Alliance
française, et la High Commission australienne pour commémorer
le 400ème anniversaire de la venue de Quiros au Vanuatu,
ex Nouvelles Hébrides.
Par un beau matin, en pleine saison des récoltes, je me
réveille dans notre hutte familiale, construite en bambous
tressés et en feuilles de natangura. On peut encore très
bien sentir la fraîcheur âpre, matinale de toute cette
nature verdoyante qui nous entoure. Je me dirige vers la plage
avec l'idée de ramasser des coquillages, étant donné
que la marée est basse. Un grand brouillard s'est abattu
sur le littoral.
Soudain, une grande bourrasque de vent balaie cet énorme
rideau blanc et à ma grande surprise, j'aperçois
trois gigantesques pirogues à voiles étranges qui
s'avancent vers l'île. Je me sens instantanément
pris d'un tel sentiment de frayeur que mon premier réflexe
est d'avertir mon père sans plus attendre. Ces gigantesques
barques inconnues n'ont aucun point commun avec celles que nous
fabriquons. Chacune d'elles a une hauteur qui dépasse même
les cocotiers. Elles se propulsent grâce au vent et ont
de grandes voiles comme les nattes que confectionnent nos mères
pour nos pirogues. Ce qui est surprenant est qu'elles gonflent
quand le vent souffle. On peut apercevoir un bon nombre
de gens qui courent et montent sur des cordes attachées
aux voiles. Je vois également que leurs pirogues
ont beaucoup de trous.
Arrivé
à l'intérieur de notre case, je secoue mon père
et lui annonce :
« Papa, papa ! Il y a de grandes pirogues étranges dans la baie.
_ Quoi !
Mais qu'est-ce que tu me dis là ? » Demande
mon père, abasourdi.
_ Je
te jure, papa, c'est la vérité. Tu peux venir le
constater par toi-même.
_ Bon dépêchons-nous
d'aller avertir le grand chef. »
Nous courons chez l'Homme du village
et mon père informe ses gardes qui se tiennent autour
de la grande caserne de la situation.
Tout le village se réveille au son inhabituel des percussions
du tamtam et accourt vers la plage. Je me rappelle que le vieux
sage du village nous avait prédit qu'un jour, notre Dieu
des récoltes viendrait pour nous donner prospérité,
paix et victoire.
Je
sens monter en moi cette immense joie car après tous ces
siècles passés à l'attendre, le voilà
finalement qui va faire son apparition.
Des hommes blancs débarquent
de leurs pirogues et sautent dans de petits canots puis rament
vers nous. L'un de ces inconnus, sans doute leur chef, se met
debout, dans sa petite embarcation, guidant le rythme des rames.
Ce qui nous interpelle est qu'il est vêtu d'une sorte de
couverture plus ou moins semblable à celle que le chef
porte pendant les grandes occasions comme lors de ses mariages
ou des rencontres entre lui et les chefs des tribus voisines.
Il porte un grand collier blanc autour du cou et un chapeau sur
la tête. Dans sa main gauche, il tient une canne. Les insulaires
l'encouragent à accoster.
Arrivé sur le rivage, il
descend avec ses hommes de son embarcation et se dirige vers notre
Chef. Je me fraie un chemin à travers cette foule tumultueuse,
tentant de m'approcher le plus possible de ces grands Hommes.
Le patriarche de notre village s'incline devant l'étranger
et lui dit :
« Bienvenue, Grand Homme, que votre présence
ici soit signe de prospérité, de victoire et de
paix. Votre arrivée dans notre village était attendue
depuis la nuit des temps.»
Le chef des
étrangers répond avec des gestes et dans une langue
inconnue. Ce langage me paraît très surprenant. Apparemment,
il veut nous faire savoir qu'il souhaite manger, lui et
ses gardes. Le Chef aussitôt se retourne et déclare
:
« Notre invité a faim, il faut le rassasier,
lui et ses hommes. Portez-le jusqu'au nakamal. Vous, les
enfants, pendant ce temps, allez chercher dans nos réserves
des légumes, des tubercules et des plantains. Rassemblez
aussi des cochons en signe de respect et de bienvenue.
Nous nous
dépêchons d'obéir à ses ordres. Tout
le monde est fier de l'arrivée de notre invité et
est comblé car nous savons que nos récoltes vont
produire en abondance.
Au bout de
quelques minutes, je m'avance avec mes camarades vers Quiros,
en tenant mon panier à bout de bras, la tête baissée,
n'osant pas lever les yeux vers lui.
Mais quelque
chose me dit que certainement d'autres choses se cachent derrière
toute cette agitation. La question que je me pose c'est pourquoi
si ils sont vraiment nos seigneurs, ils ne parlent pas notre langue.
Au moment
de me retourner, Quiros m'arrête et me demande
quelque
chose, ses gestes me laissent penser qu'il veut savoir comment
je m'appelle. Je lui réponds en souriant avant de m'en
aller « Santo ».
Floriane
Lawac, Paul Pio et la classe de 3ème 2 du Lycée
Français de Port Vila