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Lycée Jean Vigo de Millau 2010/2011, Aveyron
Le site personnel de Jean Claude Fulcrand, professeur de français

Visite de Bernard Berger au Lycée Français de Port-Vila

Le jeudi 20 octobre 2005, les élèves de 3èmes et de 2nde, à l’initiative de leurs professeurs de Français, S. et JC Fulcrand, ont eu le privilège de recevoir dans leur établissement Mr Bernard Berger, auteur de La Brousse en Folie, une des BD les plus en vogue en Nouvelle Calédonie, et scénariste du Sentier des Hommes.
Les sujets de conversations se sont majoritairement tournés vers la série La Brousse en Folie, vendue en métropole mais surtout en Nouvelle-Calédonie.
Voici quelques-unes des questions les plus importantes qui ont été posées :

 

A quel âge avez-vous commencé à dessiner ?

Je suppose que j’ai commencé vers l’âge de 3 ans. Bien sûr, au début, c’était par simple jeu. Quand j’étais enfant nous n’avions pas de télévision à la maison. Les premières images qui m’ont marqué ont été celles de « Donald ». Au début j’ai essayé de l’imiter, mais très vite, je me suis rendu compte que je pouvais créer tout ce que je voulais comme si j’étais devenu Dieu.
A partir de l’âge de 5-6 ans, je ne dessinais plus pour moi mais pour les autres, et notamment mes frères. En voulant ainsi me faire comprendre, j’ai considérablement progressé, et mon entourage s’est
rapidement rendu compte de mes talents de dessinateur.

On peut donc dire que j’ai fait mes réels débuts vers 5-6 ans.

 

 

Combien de temps vous faut-il pour élaborer une bande dessinée ?

En général, un an est nécessaire à la réalisation d’une BD. Tout d’abord, il est obligatoire d’avoir un scénario et de trouver bien sûr de l’argent.
Il me faut en moyenne une journée pour réaliser une planche*, tout dépend de l’inspiration. Une fois l’ensemble prêt, il faut compter environ deux jours pour les différents passages à l’imprimerie (préparation des planches pour la numérisation, mise en couleur et impression finale). La dernière étape est la publicité, et c’est là qu’une maison d’édition est très utile.

Pourquoi avez-vous choisi La Brousse en Folie comme titre de série et comment trouvez-vous vos titres de bandes dessinées ?

En général, je choisis des titres humoristiques qui sont des clins d’oeil à des œuvres célèbres, comme par exemple ‘‘22 mille lieues sur la mer’’ qui fait référence à Jules Vernes, ou encore ma dernière bande dessinée, ‘‘La Gloire de ma Terre’’, qui se rapporte à Marcel Pagnol. Cela permet d’attirer les lecteurs.
Par contre, le titre de la série a été choisi sans mon consentement par la direction du magazine Télé 7 Jours, là où j’ai débuté. Le mot « folie » ne fait pas partie du vocabulaire calédonien
.


De quoi vous êtes vous inspiré pour créer vos personnages ?


        Je me suis tout simplement inspiré de la population calédonienne qui est un vrai brassage d’Européens, de kanaks, d’asiatiques, etc. Et mes personnages sont issus de ceux qui m’ont marqué le plus dans la vie :
pour commencer, Tonton Marcel est un mélange de deux oncles que j’avais dont un qui s’occupait du bétail et qui aimait la chasse. Afin de l’honorer après sa mort, je l’ai mis en tant que personnage principal, j’ai dû ajouter quelques traits de caractère de mon autre oncle afin de le rendre le plus ridicule possible. Dédé est un de mes copains d’enfance qui est devenu le meilleur ami de Tonton Marcel.
Près de là où j’habitais, il y avait un magasin chinois où travaillait un dénommé « Than » d’où le personnage asiatique de ma  BD. Mais c’était aussi le nom d’un chirurgien qui, à cause de cela,  se sentait un peu ridicule vu la popularité de la BD. Il m’a proposé de changer le nom et de mettre « Ta » au lieu de « Than » mais au lieu de cela j’ai juste fusionné  les deux ce qui a donné « Tathan ».
Enfin, il me manquait un petit « blanc » qui serait le candide, le faire valoir et qui ferait effet de miroir par rapport aux autres. C’est ainsi qu’est né Charles Joinville, le petit « zoreille » qui n’arrête pas de se rendre ridicule à vouloir faire comme les autres. Joinville est un personnage qui mène une vie normale pour un métropolitain, mais qui est très en décalage pour « nous », ce qui le rend comique.

Pourquoi les protagonistes sont-ils essentiellement masculins dans vos BD ?

Parce que les hommes sont plus ridicules que les femmes !

Est-ce qu’il vous arrive de vous auto censurer pour ne pas choquer les lecteurs … et les lectrices ?

Bien entendu car ma BD s’adresse à un public de tout âge et il faut donc respecter ces lecteurs … et lectrices !

Vos BD ont-elles une revendication identitaire ou sont-elles seulement divertissantes ?

La Brousse en Folie est une bande dessinée qui comporte un message. Dans le bush il y a un style de vie dont personne ne parle car les gens ont honte par rapport à la ville. Grâce à la bande dessinée, j’ai ainsi pu revendiquer de façon divertissante l’identité de la population calédonienne et parfois même me moquer de la culture de mon propre pays. J’ai ainsi créé un stéréotype calédonien, qui par contre ne s’applique plus vraiment de nos jours, la culture ayant évoluée. Mes BD vont quand même permettre de le montrer en utilisant des caricatures qui font rire.
Je n’ai pas voulu que mes histoires soient simplement divertissantes comme l’autre bande dessinée calédonienne Frimeurs des Iles car pour moi, la bande dessinée n’est pas aussi intéressante si elle n’a pour but   que le rire.

Avez-vous écrit d’autres œuvres que La Brousse en Folie ?

Oui j’ai écrit trois nouvelles entièrement consacrées à la Calédonie.
J’ai également élaboré le scénario du Sentier des Hommes qui est une bande dessinée sérieuse comparée à La Brousse en folie mais qui a la même revendication : je confronte les mondes Kanak et Métropolitain.

Dans quels pays vos BD sont-elles vendues ?

Elles sont vendues à Nouméa, à Port Vila et en France par l’intermédiaire d’internet.

Avez-vous l’intention de produire une bande dessinée sur le Vanuatu ?

Lors de mon séjour à Tahiti, il y a deux ans, j’avais eu l’idée de faire  une BD mais malheureusement je n’ai pas eu le temps de la concrétiser.   Pour le Vanuatu, j’ai aussi des projets avec Guy Deroin, l’auteur de Mino, mais il faudra attendre un peu.

Avez- vous d’autres projets pour La Brousse en Folie ? Envisagez-vous de traduire vos bandes dessinées ou de les adapter en films ou en dessins animés ?

Pour les projets de traductions, une de mes bandes dessinées a déjà été réécrite en anglais, et la série s’intitule Beating Around the Bush. Afin d’être compris par les anglophones, le traducteur a utilisé de l’argot anglais qui se rapproche le plus possible de l’argot calédonien.
 Quant aux dessins animés, on m’a déjà proposé d’en faire un, mais les coûts de production requis sont énormes (il faut environ 30 millions de CFP pour un dessin animé d’environ 15 minutes).
Par contre, j’ai peut-être un projet de film pour l’avenir.


Conclusion :


L’interview s’est très bien déroulée et les élèves ont apprécié les réponses qui ont été apportées par Bernard Berger.
A la demande de tous, l’auteur a réalisé au tableau un dessin de Tonton Marcel (le héros de La Brousse en Folie) puis les élèves ayant amené leur BD ont eu droit à une séance de dédicace spéciale avec des dessins originaux en rapport avec les goûts personnels de chacun.

Merci beaucoup d’être venu nous voir !!!

Pour en savoir plus :

Le site officiel :http://www.brousse-en-folie.com/

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
© JC Fulcrand, 2006